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Interview Daniel Hanssens
Hugues Dayez - Alors, Nathalie Sarraute est réputée comme une des auteurs du nouveau roman en France avec Claude Simon, avec Rob Veillet et pourtant ce n'est pas du tout une pièce entre guillemets prise de tête, c'est une pièce qui parle vraiment d'une amitié et de la façon dont une amitié peut se déliter, peut partir, peut disparaître. C'est traité avec énormément d'ironie et de subtilité autour du langage. Est-ce que c'est ça qui vous a séduit?
Daniel Hanssens - Oui, parce que je l'avais vu à Paris en '86 à la création Sami Frey- Jean-François Balmer au Théâtre du Rond-Point et j'avais trouvé admirable, j'avais un peu peur d'aller voir Sarraute, peut-être comme différentes personnes et en ayant vu ça, je me suis dit: ça j'ai envie parce que c'est un rôle d'acteur c'est un texte d'acteur, ça offre une possibilité, c'est un véritable terreau pour toutes les intonations et toutes les sensations qu'on peut avoir sur un plateau et ici je crois que dès le début, chaque représentation est vraiment, mais vraiment différente dans le sens où ça nous permet, je ne dirais pas d'improviser au niveau du texte parce qu'il est vraiment rigoureux, mais dans l'intonation, dans les inflections de voix. Sarraute écrit vraiment avec des trois petits points, des points de suspension tout le temps et il faut les respecter et c'est dans ces points de suspension qu'il y a d'autres choses à jouer. Il y a une sorte de non dit ou de trop dit et on écrit. C'est vrai qu'on rit dans ce spectacle parce qu'il y a des choses assez étonnantes, enfin je ne vais pas dévoiler, mais comme disait Sarraute, c'est un rire qui ne monte pas du ventre mais qui descend du cerveau et c'est vraiment une lutte comme le dit l'autre personnage, c'est une lutte à mort, un combat sans merci entre les deux et qui débute sur des petites choses de la vie.
Hugues Dayez - Vous parlez des intonations. Il y a une phrase qui est le détonateur de tout: un des amis s'est vanté dans le passé d'avoir un succès, et l'autre lui répond: "Ah c'est bien ça!"
Dans ce bien ça, il croit détecter tout de l'ironie, de la condescendance, donc vous parlez d'intonation....on peut jouer ce "c'est bien ça" de 1000 manières différentes.
Daniel Hanssens - Oui, c'est ça, exactement ça. Je pense que dans la vie on a tous dit à quelqu'un "c'est bien ça" ou en tout cas on a cru le sentir et c'est ce ton condescendant qui l'a blessé et ce sont ces petites choses qu'on garde pendant des années, des années et qui ressortent, la petite goutte qui fait déborder le vase. On se tait, on ne dit plus rien et l'autre vient voir en disant: "Mais explique..." puis si toi tu me dis ça, moi j'ai aussi d'autres choses à te répliquer et puis ça enchaîne jusqu'à un moment où on se dit qu'est-ce qu'on fait? |